Лит. Г. Traduction d’un mémoire de la Porte Ottomane donné le 12 de Février 1778.
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Monsieur l’envoyé, notre ami, vient de déclarer dans un mémoire traduit, qu’il a fait remettre présentement, que la cour de [240] Russie regarderait comme une infraction au troisième article de la paix de Cainargik, le procédé de la Sublime Porte d’avoir exilé ces jours-ci dans une des isles de l’Archipel les cinq personnes venues ici l’année passée avec un mahzar extorqué par force aux habitants de la Crimée. A quoi la Sublime Porte avec justice et discrétion fait la réponse suivante.
En prémier lieu, il est dit dans ce mémoire de Mr. l’envoyé, que c’est une chose incontestable, qu’en vertu du troisième article du Traité de paix de Cainargik, les Tartares ont été déclarés et reconnus pour une nation libre et indépendante des deux empires respectifs. Or, comme Mr. l’envoyé prétend de prouver la liberté de la susdite nation et leur indépendance des deux empires, nous désirons avant toutes choses qu’il nous réponde et nous allègue des arguments propres à éclaircir ce point, si le séjour d’un si grand nombre de troupes Russes en Crimée, durant l’espace de plus d’une année, est conforme ou contraire à l’indépendance, surtout dans un temps que les Tartares poussés à bout par l’injustice, la violence et la tyrannie, que leur ont fait essuyer les troupes Russes, et indignés des propositions contraires à leur indépendance et incompatibles avec la loi mahométane, dont ils font profession, s’étant tous unis unanimement, ont conformément à la justise et au Traité envoyé dire au général Pro-sorowski, que s’ils étaient indépendants il devait se retirer avec ses troupes et les laisser dans leur propre état: sur quoi lui, irrité d’un semblable message de leur part, pour toute réponse, a fait jouer sur eux ses canons et sa mousquetterie, en ordonnant de faire main basse sur leurs femmes et enfants, et de massacrer un si grand nombre d’hommes. Et surtout que l’empire de Russie, après avoir dès la conclusion de la paix par une conduite si peu convenable en faveur de Sahin-Ghirai altéré le Traité, veut imputer à un autre l’infraction de la paix; quand cette assertion fût même fondée, c’est une pure avanie et un reproche, qu’il n’a pas mérité.
En second lieu, il y est dit, que les députés de la susdite [241] nation doivent être regardés comme les agens d’une nation libre. La chose étant ainsi, ce sont donc les Tartares, qui ont envoyé ces personnes, et comme il est évident par conséquent que la Russie, tant selon la raison que le Traité, ne doit en aucune manière s’ingérer dans leur expédition, c’est aux grands de la nation Tartare de demander la raison, pourquoi elles ont été reléguées dans une des isles de l’Archipel. Outre cela, la nation Tartare a envoyé des requêtes et des personnes, qui disent qu’ayant appi’is que les susdits députés soutenaient d’avoir été envoyés par elle dans le temps que le mahzar, dont ils étaient les porteurs, avait été extorqué contre la volonté de la nation, et que le séjour ici des gens d’un caractère si séditieux et si turbulent, qui ne cherchaient que de brouiller leur patrie, portait préjudice aux affaires de la nation, elle a supplié la Sublime Porte ou de livrer les susdites personnes entre les mains des députés envoyés ici pour les faire retourner en Crimée, ou de consentir qu’elles fussent punies ici à Constantinople pour mettre fin aux désordres qu’ils causaient. Quoiqu’il soit hors de doute, que ces dites personnes à leur retour en Crimée auraient été mises en pièces par les Tartares, et que non seulement il eût été conforme aux conditions stipulées, mais aussi à la nature des affaires de les faire punir de mort ici comme des gens brouillons et factieux, conformément à la résolution de leur nation, Sa Majesté Impériale, dont le sublime Empire est un asyle de sûreté, de clémence et de miséricorde, bien loin de permettre qu’on les mît à mort, ne suivant que les mouvements de sa clémence. les a fait transporter dans un autre endroit de ses états, où ils vivront en repos avec le tain que la Sublime Porte leur accorde. Malgré cette douceur et modération de la Sublime Porte et la justice de la demande de la nation Tartare, nous voyons avec beaucoup de surprise que Mr. l’envoyé nous ait fait adresser un mémoire conçu en des termes si ambigus, sans que sa cour ait raison.
En troisième lieu il y est dit, que le seul moyen conforme [242] au droit des gens est de renvoyer ces députés à leur souverain, à qui seul compète le droit de les punir. Si c’est Sahin-Ghirey, qu’on regarde comme leur maître, il est connu, que bien loin qu’il soit khan, tous les tartares le détestant comme l’ennemi de leur vie, le rejettent avec indignation, de façon que la proposition de les faire remettre entre ses mains est contraire aux conditions. Outre cela, la Sublime Porte ignore tout à fait présentement en quel endroit Sahin-Ghirey se trouve. Tout ce qui lui est connu, c’est qu’il y a deux partis en Crimée, dont l’un est composé de toute la nation Tartare soumise aux ordres de son khan élu et uni aux autres sultans et Grands de l’état, qui dans leur propre pays gémissent sous l’oppression d’une force étrangère. L’autre parti a pour chef le général Prosorowski avec son artillerie, ses munitions et ses troupes, dont le séjour dans ce pays a déjà enfreint le Traité. Sahin-Ghirey ne se trouvant pas parmi sa nation, l’endroit de sa demeure nous est inconnu; s’il est dans l’armée Russe, il n’est pas conforme aux maximes d’aucune puissance quelconque, comme tout homme instruit dans les affaires le sait, d’expédier des gens dans une armée, qui contre les cons-ventions du traité y reste, et de faire des protestations d’amitié; ainsi nous demandons à Mr. l’envoyé, notre ami, quel est le séjour de Sahin-Ghirey et de quelle nation son armée est composée? Nous attendons là-dessus sa réponse.
En considérant attentivement toutes ces circonstances, on trouvera, que la Sublime Porte n’a pas le dessein de brouiller les affaires. Les susdits députés pendant leur séjour ici ne faisaient qu’intriguer, en envoyant des lettres en Crimée par lesquelles ils allumaient le feu de la guerre; leur témérité allait même jusqu’à publier toutes sortes de discours, non seulement préjudiciables à l’honneur des ministres de cet éternel empire, mais qui auraient même pu attirer à Mr. l’envoyé les reproches de sa cour; tout cela est prouvé par leurs papiers signés, (pie les habitants de la Crimée ont interceptés. La Sublime Porte a donc dû sincèrement aviser aux moyens de prévenir une conduite [243] si préjudiciable à tous les partis. Tout homme d’esprit voit qu’il est clair comme le jour, qu’on ne peut aucunement mettre en parallèle le procédé de la Sublime Porte avec celui de la Russie. La Sublime Porte relègue dans une isle de l’Archipel des gens turbulents pour le bien des affaires, la Russie au contraire oc-cuppe déjà depuis plus d’une année par ses troupes la Crimée, comme un pays conquis, traite les Tartares comme ses sujets et répand contre son serment et le traité tant de sang humain.
Par toutes ces raisons on peut se convaincre, lequel des deux partis par sa conduite a porté atteinte au traité.
Mr. l’envoyé nous a fait exposer par son dragoman le désir de tenir de nouveau une conférence. La Sublime Porte toujours portée à la paix et à l’amitié, avait choisi différents de ses ministres pour plénipotentiaires, protestant depuis tant de temps à haute voix de ne vouloir que l’exécution des articles stipulés, et invitant l’empire de Russie de concourir de son côté à l’arrangement tant souhaité de cette affaire. Et quoique la Sublime Porte par toutes sortes de preuves témoignât la droiture de ses intentions,. Mr. l’envoyé, notre ami, n’a pas proféré un seul trait relatif à l’affermissement de l’amitié. Il ne convient donc pas aux personnes versées dans le maniement des affaires de tenir des conférences, dont le résultat n’a été que de vaines disputes et des rumeurs[1]. Cependant la Sublime Porte étant toujours prête et disposée, comme elle est en effet, à tenir des conférences, qui pourraient produire l’amitié et la sincérité, donnera ordre à ses plénipotentiaires d’entrer en conférence avec Mr. l’envoyé toi jour qu'il lui plaira, s’il est animé du même zèle salutaire: mais s’il n’a d’autre intention que de débattre l’affaire concernant les cinq personnes susmentionnées, notre réponse est déjà donnée là-dessus: ou s’il n’a d’autre but que de vouloir se procurer l’avantage de tirer par de vains propos les vers du nez, en tel cas nous nous [244] remettons à la discrétion de Mr. renvoyé, notre ami, en le priant de ne pas préférer à un semblable avantage les bruits et les rumeurs qui résulteront de cette conférence. Mais si réellement on souhaite de tâcher par cette conférence d’avancer l’accomode-ment des affaires, on déclare qu’on donnera immédiatement les ordres nécessaires aux effendis plénipotentiaires.
Примѣчанія
- ↑ Le mot rumeurs est exprimé en turc par Eragis qui signifie «rumeurs», et en même temps «fausseté».