Лит. Г. Traduction d’un mémoire, que la Porte Ottomane a donné aux ministres étrangers pour en prendre copie sans le donner en original. Le titre et le contenu du dit mémoire sont conçus de la manière suivante.
Copie d’une note, dont la lecture se doit faire aux drogomans des ministres d’Europe résidant auprès de la Sublime Porte, laquelle déclare les choses qui doivent être communiquées à leurs cours respectives.
Dans l’article de l’indépendence de la nation Tartare, qui est une des principales conditions de la paix perpétuelle conclue entre la Sublime Porte et l’Empire de Russie, est stipulé et arrêté, qu’à l’avenir les deux empires ne doivent pas envoyer des troupes dans les pays de la susdite nation, que les Tartares de leur consentement universel, sans que leur fasse la moindre violence qui que ce soit, doivent élire leur khan de la famille des Genghiz, et que Sa Majesté le puissant et grand Empereur Ottoman, notre maître, étant imam des musulmans et halif des fidèles d’un côté, et la nation Tartare se trouvant être de la religion musulmanne, elle doit régler ses affaires de religion envers notre susdit maître selon que la loi mahométane l’exige.
Comme par la déclaration, faite dans l’instrument, présenté par le chargé d’affaires de Russie Peterson sur les ordres de sa cour (lequel instrument est fondé sur la réquisition, qu’on [162] déclarât et expliquât cette phrase générale concernant la loi, qui est un des points du traité) il a été réglé, de l’aveu et du consentement des deux empires, que pour rendre les choses compatibles avec la sainte loi, Sa Majesté Impériale enverrait au khan de la Crimée, élu par les Tartares, le Mensur, c’est à dire diplôme, et le Teschrifat, c’est à dire la prière de vendredi, qu’on ferait le Sicchié, c’est à dire le coin de la monnaye à son nom Impérial, et que l’illustre Caziasker de la Sublime Porte accorderait le Murasclé, c’est à dire la permission d’établir les Cadi, c’est à dire juges du corps des Uléma de la Crimée.
L’Empire de l’éternelle durée observa parfaitement la condition marquée ci-dessus et n’y porta la moindre atteinte. Par contre, celui de Russie, immédiatement après la conclusion de la paix, ayant attiré à soi Sahin-Ghirey, qui dès la dernière guerre avait déjà été rejetté par les Tartares, le sollicita et l’instiga par le moyen de Sczerbin, Dolgorouki et d’autres généraux brigadiers et officiers, dont les noms nous sont connus, et lesquels, se transportant sur les terres du Cuban, l’envoyèrent séduire les tribus de Yedissans, de Nogaïs, de Circassiens et autres hordes Tartares, en le faisant accompagner de leurs gens et en lui fournissant l’argent de corruption, et après, ce protégé de l’empire de Russie étant venu à Cuban, tacha de séduire les Tartares, mais personne ne voulût se soumettre à lui, au contraire, les Tartares étaient deux fois sur le point de le priver de la vie, s’il n’eut eu l’adresse de s’en sauver. Néanmoins l’empire de Russie, poursuivant sa pointe contre les articles et conventions, fit accompagner ce Sahin-Ghirey abhorré des Tartares de quinze mille tant cosaques que hussards, et envoya d’un autre côté trente cinq mille hommes sous la conduite du général Prosorovski, qui entra dans Perecop avec des munitions et de l’artillerie, tandis que les troupes qui étaient avec Sahin-Ghirai à force de combats envahirent Taman et Temruk et firent entrer en Crimée Sahin-Ghirey, en employant d’un côté et d’autre la force et en chassant et éloignant de là le khan, élu des Tartares, le [163] valeureux Devlet-Ghirey. La plupart des personnes principales de la Crimée se réfugièrent dans les pays limitrophes, et ceux qui sont restés on les a fait entourer par des troupes, en leur intimant, qu’ils devaient absolument recevoir pour leur khan Sahin-Ghirey, sinon, qu’on les mettrait tous à mort sans exception et réduirait leurs femmes et leurs enfants en esclavage, et par ces moyens violens ils enlevèrent d’entre leurs mains leur cachet dont ils scellèrent le mahzar composé par eux à titre d’élection, et annullant par sa teneur totalement les affaires de religion et le point de la conformité légale envers l’Empereur, l’asile du monde, ils l’envoyèrent à la Sublime Porte par quatre personnes choisies par eux et accompagnées d’un Russe. De plus, ils occupèrent et bloquèrent par des troupes tous les passages et avenues de la Crimée en empêchant l’entrée et la sortie des habitants. La Sublime Porte ne manqua pas de parler au ministre de Russie Stachieff qui réside auprès d’Elle en lui demandant ce que cela signifiait et en représentant que l’élection du khan doit se faire de l’aveu des Tartares et de leur pleine liberté; que la teneur de leur traité porte, que ni nos troupes ni les leurs n’entreront en Crimée, qu’aucun point des conventions et engagements les autorise de faire entrer en Crimée tant de troupes avec des munitions et de l’artillerie, et d’installer par force au khanat Sahin-Ghirey, qu’un procédé, contraire à la promesse faite, ne peut avoir que de mauvaises suites; qu’ils se désistassent d’une pareille entreprise en retirant leurs troupes de la Crimée, et qu’ils laissassent les Tartares dans leur propre situation, afin que sans violence ils élussent pour khan celui qui leur plairait, et qu’ensuite ce khan serait confirmé. Outre cette représentation, faite au susdit ministre, on lui a encore donné un mémoire du même contenu pour le faire parvenir à sa cour, dont la réponse n’a été donnée qu’au bout de quelques mois, pour pouvoir en attendant faire leurs affaires en Crimée et pour concerter leur plan prémédité d’en faire la conquête, qui est leur but principal. Quoique la Sublime Porte n’ignorât pas cette affaire, elle n’en [164] continua pas moins dans son amitié, et considérant, que si elle commençait aussi de son côté à faire des préparatifs pour se mettre aux mêmes termes d’égalité et leur rendre la pareille, il pourrait arriver le cas, qui avait autrefois existé, que la Russie distribuerait des manifestes aux puissances de l’Europe, nos amies en nous y imputant des choses aussi peu convenables, que controuvées, et dirait aussi présentement comme par le passé: voila que les Ottomans envoyent leurs troupes, et par là rejetterait sur la Sublime Porte sa conduite indécente. Ainsi se défiant d’un comportement si inattendu, et considérant que les Russes, expliquant en mal l’intention des armements, que la Sublime Porte fait uniquement pour mettre à couvert ses états et frontières, distribueraient aux susdites puissances des manifestes et relations, contraires à la vérité du fait, la Sublime Porte a jugé à propos de faire ce pas.
La Sublime Porte avait résolu de se taire et d’avoir patience, jusqu’à ce que la nature des affaires manifestât de soi-même à tout l’univers, tant la constance de la Sublime Porte à maintenir ses engagements, que l’intention de la Russie, contraire à l’amitié, et proposait depuis longtemps au ministre Stachieff, qui disait être revêtu du pleinpouvoir de sa cour pour l’arrangement des affaires, de lever tous les obstacles, si en[1] effet il avait le pleinpouvoir, lui proposant dans les conférences et cessions, qu’on a eu avec lui, tous les moyens pour prévenir les dissensions ultérieures, mais ni sa cour n’abandonna son comportement contraire au traité, soit ouvertement, soit clandestinement, ni lui proféra une seule parole qui tendit à l’arrangement des affaires, et l’on se bornait seulement d’augmenter les persécutions sur les Tartares, dans l’intention de s’emparer de la Crimée.
Vers la fin du Ramazan le général Russe fit enrôler par force, au nom de Sabin-Ghirey l’instrument de ses violences, les enfants des habitants mahométans de la Crimée, pour en faire des troupes, et leur donnant des chapeaux et des uniformes de [165] soldats et de hussards, chose absolument contraire à la loi mahomé-tane, tacha de les mettre sur le pied de ses propres troupes des quartiers d’hiver dans les villes et villages de la Crimée parmi les femmes des musulmans, à l’honneur desquelles ils ont attenté. Ces procédés firent soulever toutes les tribus Tartares qui sont dans le Cuban et la Crimée qui, s’étant unies, avant tout envoyèrent dire au prince Prosorovski, que s’il regardait Sahin-Ghirey comme un khan, élu par la nation Tartare, il devait le laisser dans le pays conjointement avec quelques mirsas de sa suite, et s’en aller lui-même, vu que son séjour dans leur pays avec tant de troupes était contraire au traité. Mais loin de vouloir en aucune manière s’y prêter, il fit jouer ses canons et fusils sur eux et fit par là grand nombre de musulmans martyres. Là-dessus la nation Tartare, pour sauver son honneur et son âme, se mit en posture de se défendre, et la flamme de la guerre éclata par là entre les deux partis, et jusqu’ici toutes les tribus tartares, tant du Cuban que de la Crimée, continuent à ne vouloir pas accepter Sahin-Ghirey et à se battre avec les troupes Russes.
Les habitants de la Crimée envoyèrent à la Sublime Porte des mahzars teints de sang, par lesquels ils demandent du secours: l’article de la loi, fondée sur la foi musulmanne, étant inséré dans le traité et cette loi et foi ordonnant de les aider, on a fait entendre au ministre de Russie la position des affaires en lui déclarant, que les choses étant parvenues à ce point, la Sublime Porte ne pouvait plus retenir patience, que si l’on avait l’intention de ne pas enfreindre le traité, l’on devait au moins retirer les troupes sans effusion du sang humain, et s’appliquer aimablement de trouver quelque remède à cette affaire. Le susdit ministre y repondit contre le principe du traité et les maximes des cours, que sa cour feroit absolument khan de Sahin-Ghirey, qu’elle ferait un massacre des Tartares et qu’elle ruinerait toute la Crimée. Quoique la Sublime Porte, par son penchant naturel, ne peut que préférer la paix à la guerre, ainsi qu’il est connu à tous ses ministres d’état comme à toutes les autres cours [166] amies, cependant elle se trouve dans la nécessité de faire aussi de son côté des préparatifs pour procurer la sûreté à ses sujets, et mettre à couvert ses frontières. Tandis que les habitants de la Crimée et les tribus Tartares perdant tout à fait leur sûreté, avaient publiquement invité par leurs lettres et par leurs gens le plus ancien et le plus âgé des khans, son altesse le valeureux Selim-Ghirey-khan, et qu’ils se soumirent a lui, l’envoyé de Russie présenta un mémoire en réponse à celui qui déjà depuis quelques mois avait été donné par la Sublime Porte. Comme dans le dit mémoire il insistait de nouveau, qu’on devait reconnaître Sahin-Ghirey détesté universellement de tous, on répondit au susdit ministre, que si sa cour voulait la conservation de la paix, les deux empires ne pouvaient trouver une meilleure occasion d’arranger les affaires qu’à présent; que le point de l’élection avait été exécuté dans la personne de Selim-Ghirey, accepté et reconnu par un choix libre et une soumission volontaire des Tartares, que par conséquent tout sujet de dispute cessant à l’avenir, il était inutile de s’attacher avec tant d’ardeur à une affaire qui était évidemment contraire au traité. On ajouta de plus, pourquoi sa cour n’était pas de même disposée à observer les engagements aussi bien que nous, qui ne manquions en aucune manière de maintenir les nôtres?
Ces raisons ayant été exposées au dit ministre, il répliqua de nouveau, que c’était la réponse de sa cour, qu’elle ne se désisterait jamais de la personne de Sahin-Ghirey, que pour lui il n’avait plus rien à dire, son autorité étant finie, et à la fin il ajouta, qu’il écrirait à sa cour que Sahin-Ghirey n’est pas accepté.
Un semblable procédé de l’empire de Russie, contraire aux conditions stipulées et à la convenance usitée entre les cours, le parti de Sahin-Ghirey universellement en horreur qu’elle en fait auprès de la Sublime Porte, sont des choses incompatibles avec l’honneur et la dignité de la Sublime Porte, et non seulement contraires à la loi, mais aussi au traité. Et quoique tous ces évènements, qui depuis le commencement jusqu’à la fin [167] prouvent l’attachement de la Sublime Porte au traité, et la conduite des Russes contraire au susdit traité, soient parvenus à la connaissance de tout le monde et que le bon Dieu ait vérifié ce qu’elle avait prédit depuis si longtemps, la Sublime Porte cependant se patientait et tolérait jusqu’ici dans l’espérance que les Russes se contentant de ce qui leur revient de droit, les tracasseries entre les deux empires finiraient. Et, dans cet espoir, elle n’a pas fait part de toutes ces choses aux puissances, ses amies constantes. Mais les Russes n’ayant pas l’intention de tenir leurs engagements, et énorgueillis des victoires remportées dans la dernière guerre, ont tout à fait oublié la toute puissance de Dieu, et se sont écartés du chemin de la discrétion, ce qui est prouvé avec évidence par les raisons alléguées. De sorte que la Sublime Porte, par les raisons susmentionnées, s’est trouvée dans la nécessité de communiquer verbalement aux ministres résidants auprès d’Elle des puissances amies tant limitrophes, qu’éloignées, la conduite et le procédé de l’empire de Russie, et que la Sublime Porte, étant ferme jusqu’à ce moment dans l’observation du traité, quoique les choses soient réduites à ces termes, est toujours disposée d’affermir l’amitié, si l’empire de Russie, souhaitant l’exécution des conventions stipulées, cessera de faire des propositions contraires au traité.
Les lettres concernant l’instigation de l’empire de Russie faite immédiatement après la conclusion de la paix à Sahin-Ghirey, qui ont été écrites par ses généraux et officiers, étant passées du temps de la révolution en Crimée entre les mains des Tartares, lesquels les ayant envoyées ici, elles se trouvent à présent entre les mains de la Sublime Porte avec leurs signatures et sceaux authentiques, et quand la nécessité l’exigera, elles seront produites en original et leur contenu sera communiqué à tous nos amis.
Donné le 2 de la Lune de Muharrem, l’an 1192, c’est à dire le 30 (19) de Janvier 1778.
Примѣчанія
- ↑ Плохо различимо. Здесь возможно как "on", так и "en". — Примечание редактора enlitera.ru