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Constantinople, le 8 (19) d'août 1778.
Les gens des ulémas et des ministres de la Porte répondent, que dans le dernier conseil, tenu le 6 (17) de ce mois, en parlant de l’expédition du capitan-pacha avec Hadgi-Ali-pacha et de son débarquement en Crimée du côté de Caffa, on avoit dit, que l’armée Turque ayant été entièrement défaite par les coups de canons, que les soldats de Schahin-Ghiray lui envoyèrent, s’est vu obligée de se retirer sur ses vaisseaux, dont un a été coulé à fond, ainsi que plusieurs autres petits bâtiments, et que le capitan-pacha et Hadgi-Ali-pacha sont blessés; qu’il y avoit quelques uns des ministres du conseil qui à cause de cette fâcheuse nouvelle, pleuroient à chaudes larmes, d’autres étoient extrêmement affligés, et s’étant retirés de cette manière ils tâchent à prèsent de la cacher au public.
Le selihtar de Selim-Ghirey se trouvant ici, à plusieurs questions qu’on lui avoit fait, a répondu, que le capitan-pacha étoit parti avec toute sa flotte pour s’emparer de Caffa, mais que Schahin-Ghirey l’ayant chassé à coup de canon, il s’est retiré vers Soudgiack ou Taman, en disant qu’il n’a pas mis le pied à terre.
Un certain Turc de condition ayant été appellé au dernier conseil, a demontré en présence de deux cadi-asker, du mufti et d’autres ministres de la Porte, les points préliminaires de la paix, auxquels le vézir et le reis-effendi, voyant que tout le monde s’est tu, répondirent que le grand seigneur est intentionné d’aller à la guerre, et résolurent en même tems, conjoinctement aves tous les [650] autres, d’écrire aux commandants des troupes campées, afin qu’ils se préparassent d’y passer l’hiver.
Les querelles fréquentes, qui arrivent dans ces camps entre les jannissaires et les spahis (cavallerie) et dont en dernier lieu ont été tué jusqu’à quatre cent spahis avec un grand nombre des czagodars, et environ trois cens jannissaires, outre qu’une quantité des spahis est arrêtée, font craindre que tout le camp ne disparesse et qu’il ne fasse une rebellion.
L’on ajoute qu’après la défaite du capitan-pacha les vaisseaux et les frégattes Russes tiennent enfermé l’armée des Turcs.