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Traduction de la lettre de Son Altesse le suprême vizir à Son Excellence le feldmaréchal comte de Roumanzow, le 20 novembre 1778.
Après les titres usités:
Nous avons reçu quelques jours avant nos saintes fêtes de Baïram la réponse que Votre Excellence a fait à la lettre amicale, que nous lui avons écrit. Elle nous félicite sur la haute dignité de suprême vizir et la place distinguée du vicariat, que Sa Majesté Impériale a daigné nous conférer et remplit notre coeur d’une vive satisfaction, en nous invitant en même temps à la conciliation des deux cours. A Dieu ne plaise que Votre Excellence et moi servions d’instrument à l’éffusion du sang humain et à [887] troubler le repos des sujets des deux empires, qui sont en nos mains un dépôt de la Providence. Qu’il nous rende plutôt les promoteurs de leur sûreté, repos et prospérité! Ainsi soit-il!
Votre Excellence exprime dans sa lettre quelques soupçons à la charge de la Sublime Porte. Elle pourrait démontrer par des preuves fortes et évidentes, qu’elle n’y a donnée aucun lieu; mais ce serait ajouter des nouvelles épines aux affaires présentes que de recommencer notre correspondence par des contestations; Votre Excellence a trop de sagacité et de modération pour ne pas voir par elle-même que la Sublime Porte est bien éloignée de manquer à ce qui est convenable. Elle vient de mettre en liberté les députés tartares, que les circonstances l’avoient forcé de détenir; le paquebot et les deux bâtiments marchands qui se trouvoient en état de partir, en ont eu la permission. Ce sont les deux points qui, selon votre lettre amicale, devoient être regardés comme preuves évidentes des dispositions pacifiques de la Sublime Porte, d’après leur accomplissement et que l’on verra Votre Excellence adopter la même conduite, on doit espérer avec fondement, qu’à l’aide du Dieu très-haut et tout-puissant, les points qui font obstacle à la bonne harmonie et sont une source d’altercations, seront rédigés en meilleure forme, et que la sécurité réciproque et l’amitié mutuelle se rétabliront. Votre Excellence dit en outre dans sa lettre, que l’honorable Mr. de Stachieff, envoyé de sa cour, est autorisé à reprendre le fil de conférences; d’un autre côté, Mr. le comte de St.-Priest, ambassadeur de Sa Majesté le très-haut et puissant roi de France, a présente à la Sublime Porte une note signée exprimant que «Sa Majesté est d’accord avec la cour de Russie pouf s’entremettre des affaires actuelles et parvenir à une conciliation qu’elle a conséquemment ordonné à son ambassadeur soussigné, résidant auprès de la Porte, d’en conférer et d’en faciliter le succès». Cette forme de tout temps admise et usitée a été entièrement approuvée par la Sublime Porte qui a nommé par ordre Impérial exprès et par écrit le très-estimable et hadgi Abdul-Resak Bahir-effendi, [888] ci-devant Reis-effendi, son plénipotentiaire pour conférer avec les deux ministres susmentionnés, et conclure; en vertu de quoi les conférences ont commencées (sic). Nous ne manquons donc par la présente lettre amicale d’informer Votre Excellence, dont la pénétration est connue, et nous nous attendons de sa part aussi une application et des soins conformes à son bon naturel déjà connu à faciliter les affaires. Quand avec l’aide du Dieu la présente amicale lui parviendra, nous croyons sincèrement que Votre Excellence employera efficacement ses soins à l’accomplissement des moyens du rétablissement de l’amitié et de bonne harmonie. Et en même temps nous nous informons de l’état de la santé de Votre Excellence.